Policier tué à Avignon : 96 heures de traque

Quatre jours après la mort du brigadier Eric Masson, 36 ans, à Avignon, quatre personnes ont été interpellées par les enquêteurs. Parmi elle, le tireur présumé et un complice.

Plusieurs collègues d’Eric Masson l’avaient affirmé au cours d’interviews dans les médias. « On finira pas les avoir », avaient-ils assuré, ce, pour l’honneur du policier tué mercredi dernier à Avignon (Vaucluse) alors qu’il intervenait avec une équipe sur un point de deal. 

Dimanche soir, le travail des 80 enquêteurs mobilisés pour tenter de retrouver l’auteur des tirs qui a coûté la vie au policier trentenaire, pacsé et père de deux fillettes en bas âge a porté ses fruits. Quatre personnes ont été en effet interpellées, parmi elles, le tireur présumé et un complice.  Retour sur quatre jours de traque.

Mercredi 5 mai, un policier tué, l’auteur des tirs en fuite

Mercredi dernier, 5 mai 2021 peu après 20 heures, Jean Castex annonce la mort d’un policier sur la commune d’Avignon dans le Vaucluse. Un drame qui intervient moins de 15 jours après l’assassinat de Stéphanie Monfermé, policière  au commissariat de Rambouillet.  

Le déroulé des faits est très vite médiatisés.  Ainsi, appelés mercredi par leur centre de commandement suite à un signalement de riverains se plaignant de troubles autour d’un point de deal connu de la Cité des Papes, dans la rue des Teinturiers, au coeur de la vieille ville, le brigadier Eric Masson et ses collègues avaient en fait constaté à leur arrivée, vers 18H30, que la rue était « parfaitement calme et que leur intervention était sans objet, . selon les détails du procureur de la République d’Avignon., Philippe Guémas. Les policiers de la brigade d’intervention départementale Vaucluse-Gard, en civil, décidaient alors de procéder à une surveillance de ce point de vente de stupéfiants et se répartissaient en deux équipes.

Après avoir assisté « à ce qui ressemblait à un échange de stupéfiants entre une femme et un individu », le brigadier Masson et un de ses collègues décidaient de « suivre discrètement l’acheteuse vers la rue du Rateau ». C’est dans cette rue qu’Eric Masson se portait à la hauteur de la cliente, qui reconnaissait aussitôt les faits après que celui-ci avait décliné sa qualité de policier, « brassard à la main ».

« Deux individus s’avançaient alors en direction des deux policiers et l’un des deux, porteur d’une sacoche, demandait aux policiers ce qu’ils faisaient là ». Alors que le brigadier Masson déclinait à nouveau sa qualité de policier, l’individu porteur de la sacoche sortait une arme et « faisait feu à deux reprises, l’atteignant au thorax et à l’abdomen ».

Le collègue d’Eric Masson allait alors tirer deux coups de feu à son tour, sans pouvoir empêcher le tireur et son complice de fuir.  Malgré l’intervention de deux personnes, puis des secours, le brigadier Eric Masson n’a pas survécu à ses blessures.  

Sur place, les enquêteurs récolte les premiers indices, notamment des douilles. Sur l’une d’entre-elles, de l’ADN est retrouvé.   Un minutieux travail de renseignement est également entamé.

Jeudi 6 mai, une femme en garde à vue

Au lendemain du drame, le procureur de la République Philippe Guémas confirme qu’une personne a été interpellée peu après les faits. Contrairement aux premières informations parues dans plusieurs médias dans la soirée du mercredi 5, la personne placée en garde à vue n’est pas un homme, mais une femme. Celle-ci décrit le suspect comme une homme « d’1,70m ou 1,75m,  blanc, de type européen, et âgé de 20 à 25 ans. »

« Le meurtrier du brigadier Eric Masson n’a pas encore été interpellé, mais tous les moyens seront mis en œuvre à cette fin », avait assuré Philippe Guémas, lors d’un point presse. « Une personne est en garde à vue, la femme toxicomane que le brigadier venait de contrôler« , avait détaillé le magistrat.

80 policiers sont mobilisés pour mener l’enquête et retrouver le tireur en fuite.

Vendredi 7 mai, garde à vue levée

Le procureur de la République informe  que la femme, consommatrice présumée de drogue, qui avait été placée en garde à vue après avoir été témoin mercredi du meurtre d’Éric Masson à Avignon a été libéré. 

« La garde à vue a été levée sans poursuite. Cette personne n’est pas considérée comme impliquée dans le meurtre en tant que tel », précise Philippe Guémas, magistrat,  sans donner davantage d’éléments sur la poursuite de l’enquête. Le tireur et son complice ont pris la fuite et sont toujours activement recherchés.

Dimanche 9 mai, interpellations au péage

Dimanche soir, quatre jours après le drame et quelques heures après un hommage à Eric Masson à Avignon, plusieurs personnes sont arrêtées.  Vers 23 heures, des policiers d’élite de la Brigade de recherche et d’Intervention (BRI) ont procédé à l’interpellation de trois hommes au péage de Remoulins, à 20 kilomètres à l’ouest d’Avignon, en direction de Nîmes. Parmi eux figureraient le tireur présumé et son complice, ainsi que le chauffeur du véhicule, ont précisé des sources policières. 

Ils sont âgés d’une vingtaine d’années et habite la région d’Avignon.  Les trois hommes, ainsi que la sœur de l’un d’eux arrêtée par ailleurs, ont été placés en garde à vue au commissariat d’Avignon. 

Selon nos informations, les « trois hommes comptaient se rendre en Espagne pour se mettre au vert ». « Les suspects sont connus pour du trafic de  stupéfiants et pour vols ».  Les suspects auraient été interpellées grâce aux témoignages mais aussi grâce à l’ADN retrouvé sur une douille.  Toujours selon nos informations, des faux noms, faux profils de suspects avaient fuité sur les réseaux sociaux ces derniers jours ce qui a pu leur faire penser qu’ils n’étaient pas dans les radars des enquêteurs. Et contribuer à les faire sortir et tenter de rejoindre l’Espagne. 

Le travail de police scientifique sur place mais aussi le travail minutieux de téléphonie mobile et de renseignements ont permis cette interpellation. 

L’enquête se poursuit pour déterminer notamment si les deux principaux suspects ont bénéficié d’autres complicités durant leur cavale, a indiqué un porte-parole de la police. Plusieurs perquisitions étaient en cours lundi matin, notamment aux domiciles des suspects.