Enlèvement au Mali : Olivier Dubois, un journaliste « aguerri » et « fin connaisseur » du pays

Le journaliste français, Olivier Dubois, collaborateur de différents médias, a été kidnappé début avril au Mali par des djihadistes affiliés à Al-Qaïda. Il demande dans une vidéo que tout soit fait pour qu’il soit libéré.

Dans une vidéo de 21 secondes à la provenance indéterminée circulant sur les réseaux sociaux, Olivier Dubois, collaborateur de différents médias dont Libération ou Le Point Afrique, indique avoir été kidnappé le 8 avril à Gao au Mali par le Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans (GSIM), affiliés à Al-Qaïda au Maghreb isalmaique (Aqmi). 

Très vite, les autorités françaises ont confirmé la disparition du journaliste, mais pas son enlèvement. Sur Twitter, Christophe Deloire, secrétaire général de Reportes sans Frontières (RSF), indique avoir pris connaissance de ce kidnapping deux jours après les faits, soit le 10 avril. 

« En concertation avec les rédactions qui l’emploient habituellement, nous avons pris la décision de ne pas rendre publique cette prise d’otage, afin de ne pas entraver une éventuelle issue positive rapide », explique le porte-parole de l’association, évoquant un journaliste « aguerri » qui, selon Libération, dispose de « solides contacts dans la sphère djihadiste ». 

Même son de cloche pour Pauline Adès-Mevel, porte-parole de RSF contactée par LCI, qui parle d’« un fin connaisseur du Mali ». Et cette dernière d’assurer : « Il n’est pas parti dans cette région sans connaissance du terrain. »

Depuis six ans au Mali

Selon nos informations, Olivier Dubois devait interviewer un responsable djihadiste local à Gao, un commandant du GSIM. Le journaliste aurait été pris en charge par des intermédiaires et n’avait pas donné signe de vie avant la diffusion de cette vidéo.

Ce mercredi en début d’après-midi, Libération a donné plus de précisions sur les circonstances de cette disparition. Le quotidien explique ainsi qu’Oliver Dubois « avait proposé » à la rédaction en chef du journal « d’interviewer de vive voix un chef du Jnim (ou GSIM, Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans) dans la ville de Gao ». « Olivier a de solides contacts dans la sphère jihadiste, certains qu’il connaît depuis des années. Ceux-ci se portaient garant de sa sécurité. L’homme qu’il voulait rencontrer, Abdallah Ag Albakaye, est un lieutenant de l’organisation islamiste armée, intermédiaire dans la hiérarchie, actif dans la zone de Talataye. Libération avait néanmoins refusé l’interview. Trop risquée » indique le quotidien.

Toujours selon Libération, Olivier Dubois est parti le 8 avril à Gao par avion. Là, il a passé « quelques heures au motel des Askia, dont il s’est absenté après avoir déjeuné ».  Les témoins affirment qu’il a quitté son hôtel librement. Deux jours plus tard, il n’a pas embarqué dans le vol du retour qui devait le ramener à Bamako », selon Libération. 

« L’alerte a été donnée par l’ambassade de France au Mali. Très vite, sa famille, ses amis, le journal, Reporters sans frontière, ont choisi de garder le silence sur sa disparition. Peut-être, pour des raisons logistiques, son interview avait-elle été retardée, voulait-on croire. Peut-être était-il encore l’hôte des jihadistes, et non pas leur prisonnier. Chaque jour, chaque semaine, qui passait éloignait pourtant l’hypothèse d’une «invitation» consentie. La vidéo de la nuit dernière a définitivement brisé cet espoir », s’émeut la rédaction du quotidien.

Âgé de 46 ans, Olivier Dubois est freelance et travaille au Mali depuis 2015. S’il s’agit du premier enlèvement qu’il connait, le journaliste avait déjà rencontré il y a quelques mois des problèmes d’un autre genre dans le pays. 

Le 19 août dernier, la rédaction de Libération avait passé de longues heures sans nouvelles de lui alors que l’armée se soulevait contre le Président malien et que des mutineries étaient en cours. Le quotidien avait finalement pu rassurer tout le monde, indiquant que son correspondant à Bamako était « sain et sauf » après avoir été « violemment pris à partie » dans un camp militaire, « jeté à terre et frappé par des soldats » puis « menacé avec une arme ». Lui-même avait posté un message sur Twitter affirmant : « Je vais bien« .

Après cet événement au cours duquel il reconnait avoir eu « peur », le reporter, qui couvre depuis des années l’actualité au Mali, « plus particulièrement sur les sujets sécurité, terrorisme et mise en œuvre de l’accord de paix d’Alger » – comme stipulé dans sur son profil LinkedIn – reste néanmoins dans le pays. 

Olivier Dubois a signé de nombreux articles et reportages au fil des années, pour Le Point, Mondafrique ou encore Libération, journal « avec lequel il collabore en tant que pigiste depuis l’an dernier »précise le quotidien. Le 3 avril dernier, dans Le Point Afrique, il publiait un entretien avec le chef de Dan Na Ambassagou, organisation autonome de lutte contre les djihadistes en Pays dogon, Youssouf Toloba, avec qui il s’était déjà entretenu en décembre 2018. Son dernier article pour l’hebdomadaire remonte au 5 avril, dans un article qui revenait sur la colère du peuple contre « la gestion du pays ». 

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