Eric Dupond-Moretti et Marine Le Pen, éternels ennemis politiques

La rivalité entre Eric Dupond-Moretti et Marine Le Pen a pris naissance bien avant que l’avocat ne devienne ministre. La campagne des régionales exacerbe encore un peu plus ces tensions.

« Je ne veux pas que cette terre file entre les mains du RN. » Voilà comment le ministre de la Justice a justifié sa candidature aux élections régionales dans le Pas-de-Calais, annoncée ce samedi. Après des années d’affrontements médiatiques et verbaux, Eric Dupond-Moretti saisit l’occasion de poursuivre dans les urnes son combat contre Marine Le Pen. 

Car entre les deix adversaires, le contentieux remonte – au moins – à 2007, lorsque en campagne pour les municipales à Hénin-Beaumont, cette première avait été insultée par deux hommes. Ce vendredi devant la presse, la députée a rappelé l’anecdote en ces termes : « Je ne sais pas si vous vous en souvenez, mais quand je m’étais fait tirer dessus pendant la braderie de Hénin-Beaumont, avec un pistolet à grenailles par un épouvantable voyou de la ville, qui a été condamné plus tard de ce chef, monsieur Dupond-Moretti s’est spontanément proposé pour être son avocat. Je suppose qu’il considérait que c’est un honneur que de défendre quelqu’un qui tire avec une arme sur une élue de la République, une forme de féminisme bien à lui peut-être. » A l’époque, Marine Le Pen n’avait pas affirmé avoir fait l’objet de tir, et Eric Dupond-Moretti avait dénoncé « une manipulation politique », une « usine à gaz montée par le Front national qui accouche d’une petite souris judiciaire »

Dupond-Moretti pour l’interdiction du FN

En 2015 sur France Inter, alors que Jean-Marie Le Pen venait d’en être exclu, il proposait d’interdire le Front national, qui n’était selon lui « pas un parti républicain »« Avec le retour des hirondelles, Marine a découvert que son père était un affreux raciste », avait commenté l’avocat pénaliste. « Il est raciste depuis toujours. C’est une petite entreprise qui ne fonctionne pas mal. Lui s’est occupé des juifs, elle s’occupe des musulmans. C’est un parti qui n’est pas républicain, qui a été condamné 19 fois. Je pense qu’il faut l’interdire. Mais c’est compliqué parce qu’après il y a reconstitutions dissoutes. »

Dans son Dictionnaire de ma vie sorti en 2018, l’ancien avocat consacrait plusieurs pages au casier judiciaire du Front national. Sur RMC, il avait avoué que cela n’était pas exhaustif, qu’il aurait pu consacrer « une encyclopédie » à ce sujet. 

Plus récemment dans son interview d’entrée en campagne, le Garde des Sceaux liait son opposition viscérale au RN à son histoire personnelle.  « Je veux dire que cette terre est une terre d’immigration, j’en suis le fruit », déclare-t-il à La Voix du Nord. « Je m’engage. Dans cette région qui m’est particulièrement chère, (…) parce que c’est ici que ma mère a posé ses valises en provenance d’Italie », continue-t-il. « Son histoire personnelle – le meurtre de son grand-père que la police n’a pas pris la peine d’élucider parce que celui d’un ‘Rital’ – fait qu’il a ça en lui », indique l’un de ses amis au Figaro, dans un article daté de juillet 2020.

Marine Le Pen le qualifie de « militant d’extrême gauche »

L’hostilité du garde des Sceaux envers le RN, ses membres le lui rendent coup pour coup. Dès sa nomination au gouvernement en juillet dernier, les critiques ont fusé. Rebondissant sur les propos du ministre datant de 2015, Marine Le Pen tweetait : « A la Justice est nommé un militant d’extrême gauche qui souhaite l’interdiction du RN, premier parti d’opposition. Ca promet…. » « Pire que Taubira et Belloubet, Macron nomme à la Justice celui qui se dit ‘honoré’ et ‘fier’ d’être l’avocat d’Abdelkader Merah. Quel ignoble naufrage », estimait le vice-président du parti Jordan Bardella.

Ce samedi, le duel s’est poursuivi au risque de tomber dans l’outrance. Marine Le Pen a raillé « l’obsession » du ministre de la Justice.« S’il reste quelques bracelets anti-rapprochement , je suis preneuse », a-t-elle ironisé, provoquant des réactions indignées à droite comme à gauche quelques jours après le féminicide de Mérignac. Eric Dupond-Moretti, lui, lors de son premier déplacement de campagne à Lens, a concentré une nouvelle fois ses attaques sur le RN, qui prend soin d’appeler « Front national ». Ce FN qu’il « exècre », « un danger pour la démocratie ».

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