TF1 s’apprête à fusionner avec M6

Ces négociations vont durer 18 mois, durant lesquels les deux groupes de chaînes privées conserveront leur forme actuelle

Le groupe Bouygues et sa filiale TF1 entrent en négociations exclusives avec le groupe M6. Des négociations confirmées dans la soirée de ce lundi par un communiqué du groupe Bouygues.

C’est la première étape d’une longue série de procédures en vue d’une fusion des deux groupes de chaînes privées.

Concrètement, Bouygues veut racheter 30% des titres du groupe M6. Ces négociations vont durer 18 mois, durant lesquels TF1 et M6 conserveront leur forme actuelle. À l’issue de ces 18 mois, si les négociations aboutissent, le patron emblématique de M6, Nicolas de Tavernost sera proposé au poste de PDG de la nouvelle entité, tandis que l’actuel PDG de TF1 Gilles Pélisson deviendra directeur général adjoint de Bouygues en charge des médias.

Ces discussions interviennent en plein mariage entre les deux géants de la télévision américaine WarnerMedia et Discovery, annoncé ce lundi, et alors que les groupes de médias traditionnels cherchent à résister aux plateformes de streaming telles que Netflix et Disney+ et aux GAFA.

Comment devrait se passer la fusion ?

M6, qui possède aussi des stations de radio, dont RTL, était à vendre depuis plusieurs mois par son actionnaire principal, le groupe allemand Bertelsmann, via sa filiale RTL Group. Il avait reçu fin mars plusieurs offres, dont celles de Vivendi (Canal+), de Xavier Niel (Iliad), ou encore de l’entrepreneur tchèque Daniel Kretinsky, selon des informations de presse. C’est finalement Bouygues, maison mère de TF1, qui l’a emporté et qui prendra le contrôle du futur groupe avec 30% des parts, si la fusion est autorisée. Pour sceller l’opération, le groupe va débourser 641 millions d’euros.

RTL Group garderait alors 16% du capital et agirait de concert avec Bouygues, les deux partenaires contrôlant donc 46% de la future entité fusionnée. A sa tête : le patron emblématique de M6, Nicolas de Tavernost. L’actuel PDG de TF1, Gilles Pélisson, deviendrait directeur général adjoint de Bouygues en charge des médias. 

La fusion vise à réaliser un maximum de synergies, par exemple en permettant de ne conserver qu’une seule régie publicitaire. TF1 et M6 disent aussi vouloir créer une plateforme commune de rattrapage et de streaming, et un service de VOD par abonnement (SVOD).

Pourquoi ce rapprochement ?

« La consolidation est une impérieuse nécessité pour que le public français et l’ensemble de la filière continuent de jouer un rôle prédominant face à une concurrence internationale exacerbée qui connaît une accélération fulgurante », a justifié Nicolas de Tavernost dans un communiqué de presse« Le marché audiovisuel est en croissance sur le long terme. Dans ce contexte, Bouygues se réjouit de contribuer à la création d’un grand groupe média français », a pour sa part affirmé le directeur général de Bouygues, Olivier Roussat, cité dans le communiqué.

L’entité veut donc pouvoir rivaliser avec les géants américains du secteur, dont Netflix et Amazon. Philippe Bailly, du cabinet NPA Conseil, structure spécialisée dans l’économie de l’audiovisuel. « Effectivement, on devrait enfin avoir notre champion national. Cela serait à l’échelle du paysage audiovisuel français une vraie recomposition, une vraie consolidation. Cela fait des années qu’on en parle. » Cette fusion suit par ailleurs un mouvement international. « On est dans un monde qui bouge à une vitesse phénoménale. Il y a des méga-ensembles qui sont en train de se constituer », continue le spécialiste.

Quelles sont les craintes ? 

Outre la possible création d’un monopole sur le marché de la publicité, d’autres inquiétudes émergent après cette annonce. « Si TF1 rachète, certains redoutent une ‘casse sociale’ sur les éventuels doublons et les services transversaux. Les journalistes craignent un rapprochement entre les rédactions de LCI et de RTL façon BFMTV/RMC, et ses conséquences sur l’emploi », écrit Télérama (article payant). Les promoteurs du projet n’ont en effet pas encore évoqué ses éventuelles conséquences en termes d’emplois. Le gouvernement prévient, lui, « que l’opération doit être synonyme de ‘croissance’ pour les salariés », précise Le Monde (article payant).

« Il y a un risque que le marché créatif s’assèche », ajoute auprès de franceinfo Arnaud Mercier, sociologue des médias. « Le risque, c’est également d’avoir une force de frappe très forte pour faire pression sur les créateurs, que ce soit des émissions de jeux ou des séries télé. Avec peut-être, dans un certain nombre de cas, un risque de remise en cause d’une forme de pluralisme, parce qu’il y aurait une sorte de standardisation forcée, alerte-t-il. Puisque c’est le plus gros employeur, c’est lui qui fixe un peu les règles. »